
Ce cas n’est pas isolé. Selon les données 2025 du SDES, les énergies renouvelables atteignent 23% de la consommation finale brute en France. Mais entre les vraies offres responsables et le greenwashing, le flou persiste. Comment faire le tri quand on gère les achats énergie d’une PME et qu’on n’a pas trois jours à y consacrer ?
L’essentiel pour choisir en 30 secondes
- Exigez une certification vérifiable (pas juste une promesse)
- Vérifiez l’origine géographique de l’énergie (France = impact réel)
- Distinguez réduction à la source et compensation carbone
- Testez la transparence : un fournisseur sérieux répond en 48h avec preuves
Mon conseil : commencez toujours par demander le certificat d’origine. C’est le premier filtre anti-greenwashing.
Pourquoi la plupart des offres « vertes » ne le sont pas vraiment
Franchement, ce qui me met hors de moi dans ce secteur, c’est la facilité avec laquelle certains fournisseurs collent l’étiquette « vert » sur n’importe quoi. J’ai accompagné une menuiserie industrielle dans le Rhône l’année dernière. Leur ancien contrat affichait fièrement « énergie responsable » en première page. Quand on a gratté, on a découvert que le fournisseur achetait des garanties d’origine à bas prix sur le marché européen, parfois de pays qui ne livrent même pas d’électricité à la France.
Le guide anti-greenwashing de l’ADEME liste les signaux d’alerte : mots vagues comme « éco » ou « green power », promesses disproportionnées, absence de preuves concrètes accessibles. Sur le terrain, je vois que ça touche autant l’électricité que le gaz propane.
3 signaux qui doivent vous alerter immédiatement
- Le commercial refuse de vous fournir un certificat d’origine ou botte en touche
- L’offre promet « zéro carbone » sans détailler la méthode (compensation ≠ réduction)
- Aucune certification tierce mentionnée (juste un logo maison sans valeur)

Dans mon accompagnement de PME en transition énergétique, je constate régulièrement que les entreprises qui se fient uniquement aux promesses commerciales sans vérifier les certifications se retrouvent avec un surcoût de 15 à 20% sans impact environnemental mesurable. Cette observation est issue de retours terrain et peut varier selon le secteur et le volume consommé.
Les 4 critères qui distinguent un vrai fournisseur responsable
Soyons clairs : je ne vais pas vous lister quinze labels que personne ne retient. Je me concentre sur les quatre filtres qui comptent vraiment quand on doit trancher rapidement.
Premier critère, et c’est non négociable : la certification d’origine vérifiable. Pour l’électricité, le label VertVolt de l’ADEME distingue deux niveaux. Le « choix engagé » garantit une électricité renouvelable française. Le « choix très engagé » impose 30% minimum d’installations sans subventions publiques (autrement dit, des projets portés par la demande réelle).
Deuxième critère : la traçabilité géographique. Une énergie produite en France a un impact direct sur notre mix. Des certificats achetés en Scandinavie à prix cassé, ça ne finance aucune éolienne chez nous. Selon l’ADEME, le prix bas de ces certificats ne permet tout simplement pas de financer de nouvelles installations.
Troisième critère : la réduction à la source plutôt que la compensation. Pour le propane par exemple, le biopropane permet de réduire jusqu’à 73% les émissions de gaz à effet de serre d’après une question parlementaire du Sénat citant l’ADEME. C’est de la réduction réelle, pas de la compensation floue sur un projet à l’autre bout du monde.
Quatrième critère : la transparence documentaire. Un fournisseur sérieux vous envoie ses attestations sous 48h. S’il faut trois relances et un mois d’attente, c’est mauvais signe.
Quel critère prioriser selon votre situation ?
- PME industrielle (chauffage process, forte consommation) :
Priorisez la réduction à la source. Le biopropane ou le biogaz vous donnent un impact mesurable sur votre bilan carbone, utile pour vos donneurs d’ordre.
- Artisan ou petit tertiaire (consommation modérée) :
Priorisez la certification officielle type VertVolt. C’est le ratio effort/preuve le plus favorable pour communiquer simplement.
- Entreprise engagée RSE avec reporting :
Priorisez la traçabilité complète. Vous aurez besoin de documents solides pour votre rapport extra-financier.
D’ailleurs, si vous structurez une démarche RSE globale, le choix de votre fournisseur énergie s’inscrit dans un ensemble. Ça rejoint les obligations de tri sélectif pour votre entreprise : même logique de preuve et de conformité.
Comment vérifier les engagements de votre fournisseur en 15 minutes
Je me souviens du dossier de Gérard, gérant d’un atelier de menuiserie près de Villefranche-sur-Saône. Il consommait environ 8 000 litres de propane par an et voulait améliorer son bilan carbone pour répondre aux exigences de ses clients automobiles. Il avait signé avec un fournisseur qui se disait « vert » sans jamais lui fournir de certification vérifiable. Quand je lui ai demandé de montrer l’origine renouvelable de son gaz, il n’a rien trouvé. Juste une vague mention de « compensation carbone » sans projet identifié.
On a repris le processus à zéro. Voici la méthode que j’utilise systématiquement :
Les 5 questions à poser avant de signer
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« Pouvez-vous me fournir le certificat d’origine ou la certification ISCC de votre énergie ? » → Réponse attendue : document PDF sous 48h
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« Quelle est l’origine géographique exacte ? » → Réponse attendue : pays + type d’installation (éolien, solaire, biomasse…)
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« Votre offre repose sur de la réduction à la source ou de la compensation ? » → Réponse attendue : distinction claire entre les deux
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« Quel pourcentage de réduction CO2 par rapport à l’énergie fossile équivalente ? » → Réponse attendue : chiffre sourcé (ex : 73% pour le biopropane)
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« Puis-je visiter une installation ou avoir un contact référent client ? » → Réponse attendue : oui, avec coordonnées

Pour Gérard, on a finalement trouvé une offre biopropane certifiée. Le changement a pris un peu plus de temps que prévu (comptez entre 45 et 60 jours en pratique, entre les devis, la visite technique et la mise en service). Mais il dispose maintenant d’un document opposable pour ses clients. Si vous envisagez vous aussi de changer de fournisseur, vous pouvez consulter ce lien pour comprendre les étapes concrètes.
Cas terrain : Sandrine, blanchisserie industrielle
J’ai conseillé Sandrine, dirigeante d’une blanchisserie industrielle dans la zone des Platières à Villefranche-sur-Saône, en plein hiver 2024. Elle voulait passer au vert mais son ancien fournisseur bloquait la résiliation. La documentation sur l’origine du biopropane demandé était incomplète côté nouveau prestataire. Résultat : trois semaines de délai supplémentaire avant d’obtenir une offre proprement certifiée. Mais soyons honnêtes, ces trois semaines valaient le coup : elle peut désormais justifier son choix auprès de ses clients hospitaliers.
Vos questions sur le choix d’un fournisseur énergie responsable
C’est vraiment plus cher l’énergie verte ?
Ça dépend. Pour l’électricité labellisée VertVolt, le surcoût tourne autour de 5 à 10% selon les offres. Pour le biopropane, comptez 10 à 15% de plus que le propane fossile. Mais attention : si vous payez une « prime verte » sans certification, vous perdez de l’argent sans impact réel. Le vrai calcul, c’est prime payée divisée par réduction CO2 prouvée.
Les labels, c’est fiable ou c’est du marketing ?
Tous les labels ne se valent pas. L’ADEME recommande une centaine de labels environnementaux vérifiés. Pour l’énergie, VertVolt reste la référence en électricité. Pour le gaz, cherchez les certifications ISCC ou équivalent. Un label « maison » créé par le fournisseur lui-même n’a aucune valeur probante.
Le biopropane, ça existe vraiment ?
Oui. C’est un coproduit issu du raffinage de carburants d’aviation durables ou de matières organiques. Il est 100% compatible avec les installations propane existantes (pas de changement de citerne). Et il permet une réduction des émissions jusqu’à 73% selon les données ADEME citées au Sénat. C’est particulièrement pertinent pour les 24 500 communes non raccordées au réseau de gaz naturel.
Changer de fournisseur, c’est compliqué ?
Sur le papier, non. En pratique, comptez 4 à 8 semaines selon la complexité de votre installation. Le plus long, c’est souvent d’obtenir les bons documents de l’ancien fournisseur et de caler la visite technique du nouveau. Mon conseil : lancez le processus 3 mois avant l’échéance de votre contrat actuel.
La compensation carbone suffit-elle à qualifier une offre de responsable ?
Non. L’ADEME est claire : la compensation doit être un complément, pas un substitut à la réduction des émissions à la source. Une offre qui repose uniquement sur la compensation (planter des arbres, financer des projets lointains) sans réduire les émissions en amont n’est pas une vraie offre responsable. Méfiez-vous des discours « zéro carbone » basés uniquement sur ce mécanisme.
Si vous structurez votre démarche RSE au-delà de l’énergie, un audit de conformité ISO 9001 peut vous aider à formaliser l’ensemble de vos engagements.
Et maintenant ?
Plutôt que de résumer ce qui précède, voici ce que je vous suggère de faire cette semaine :
- Ressortez votre contrat énergie actuel et cherchez la mention « certification » ou « garantie d’origine »
- Envoyez un email à votre fournisseur avec les 5 questions listées plus haut
- Notez le délai de réponse et la qualité des documents fournis
Si vous obtenez des réponses claires sous 48h avec preuves à l’appui, votre fournisseur est probablement sérieux. Sinon, vous savez ce qu’il vous reste à faire avant la prochaine échéance.